Babyphone : ondes, piratage, promesses… ce que disent vraiment les sources
ANSES, étude du CNRS, test de sécurité de 2022 : ce que l'on sait des ondes et du piratage des babyphones, et ce que les marques promettent.
L'essentiel en 30 secondes. Sur les ondes, l'agence sanitaire française ANSES n'a pas pu conclure à un effet ni à son absence chez l'enfant, et elle ne donne pas de distance précise pour les babyphones. Sur la sécurité informatique, en revanche, un test de 2022 portant sur 10 modèles a trouvé de vrais problèmes dans les caméras connectées. Et nous n'avons trouvé aucune donnée montrant qu'un babyphone réduit le risque de mort inattendue du nourrisson : c'est un confort, pas une protection.
« Sans ondes », « sécurisé », « technologie de pointe » : le rayon babyphones est riche en promesses. Entre la peur des ondes et la promesse d'une nuit tranquille, voici ce que les sources permettent d'affirmer, et ce qu'elles ne permettent pas.
Les ondes : ce que dit l'ANSES, et ce qu'elle ne dit pas
En 2016, l'ANSES a rendu un avis sur l'exposition des enfants aux radiofréquences. Elle indique ne pas pouvoir conclure à l'existence ou à l'absence d'effets sur le comportement, le développement, la reproduction, l'immunité ou le risque de cancer des enfants. Elle relève un possible effet sur le bien-être et certaines fonctions cognitives (mémoire, attention), tout en précisant que ces effets pourraient tenir davantage à l'usage du téléphone qu'aux ondes elles-mêmes. Elle recommande que les babyphones, tablettes et jouets connectés soient soumis aux mêmes obligations que les téléphones mobiles (contrôle du niveau d'exposition, information du public). Dans la page que nous avons lue, elle ne donne pas de distance ni de consigne précise pour les babyphones.
Un article plus ancien (2013) de Pourquoi Docteur, qui cite l'ANSES et une étude du CNRS, donne des repères utiles mais datés :
- La puissance d'émission d'un babyphone est très inférieure à celle d'un téléphone mobile ; l'écart cité est d'environ 200 fois (0,01 W contre jusqu'à 2 W).
- L'étude du CNRS, portant sur 5 modèles, a trouvé une puissance d'émission qui varie de 1 à 33 selon le modèle.
- Les modèles à technologie DECT émettent plus que les modèles numériques simples (plafonds réglementaires de 250 mW contre 20 mW : ce ne sont pas des mesures), et les modèles analogiques sont les moins émetteurs.
- Les conseils : choisir un modèle avec détection de voix (mode VOX), qui n'émet pas en continu ; éviter si possible le DECT ; éteindre la base de la chambre quand le récepteur est éteint ; garder quelques dizaines de centimètres entre l'appareil et le bébé, la distance réduisant fortement l'exposition.
Ces chiffres ont plus de dix ans et concernent d'anciens modèles : ne les prenez pas pour des mesures actuelles. Retenez la logique : plus de distance, moins d'émission continue, et un étiquetage lisible (que l'ANSES réclame) pour comparer.
La sécurité informatique : un risque mieux documenté
Test-Achats (organisation belge de consommateurs) a examiné 10 babyphones vidéo en 2022 et relevé au moins 55 failles de sécurité potentielles, dont 9 critiques. Quelques exemples cités :
- Un modèle dont le serveur mal configuré pouvait permettre à un pirate d'accéder au flux vidéo et de le rediriger.
- Un autre dont le serveur insuffisamment sécurisé pouvait permettre de prendre le contrôle de la caméra, voire de voir l'image.
- Un modèle dont les images et vidéos transitaient sans chiffrement, donc interceptables sur un réseau non sécurisé.
- Des politiques de mot de passe faibles, de façon récurrente.
Les marques connues (Philips, Alecto, Motorola, Luvion) s'en sont mieux sorties ; les modèles sans marque vendus sur des boutiques en ligne ont été jugés plus risqués. Les conseils : installer les mises à jour, utiliser un mot de passe unique et solide (10 à 12 caractères mêlant lettres, chiffres et symboles), sécuriser le Wi-Fi domestique, éviter d'utiliser l'application sur un Wi-Fi public (préférer la 4G), et cesser d'utiliser un des modèles incriminés si la confidentialité compte pour vous.
Nos réserves : le test date de 2022 et les produits ont pu être mis à jour ; nous n'avons pas trouvé de test français plus récent. Notre raisonnement, que le test ne démontre pas : un moniteur à liaison directe entre la caméra et le récepteur, sans compte ni application, n'est pas exposé de la même manière qu'une caméra connectée à un serveur.
Audio, vidéo, connecté : comment choisir
| Type | Atouts | Points de vigilance |
|---|---|---|
| Audio simple | Peu d'électronique, peu de données. | Pas d'image ; vérifier l'émission (VOX). |
| Vidéo à liaison directe | Image sans compte ni cloud. | Portée limitée ; vérifier le mode VOX et l'étiquetage. |
| Caméra connectée (application) | Accès depuis un téléphone. | Failles documentées par Test-Achats ; compte, mot de passe, mises à jour à gérer. |
Les promesses à garder à distance
- « Pour dormir sereinement ». Un babyphone vous alerte, il ne prévient rien. Nous n'avons trouvé aucune source qui montre qu'il réduit le risque de mort inattendue du nourrisson. Les consignes qui comptent concernent le lit (voir notre guide sur le sommeil sécurisé).
- « Sans ondes » ou « zéro émission ». Un appareil qui communique sans fil émet. Cherchez plutôt la valeur d'émission, le mode VOX et la possibilité d'éteindre la base.
- « Piratage impossible ». Les tests montrent le contraire pour certains modèles : vérifiez le chiffrement, les mises à jour et la gestion des mots de passe.
Ce que nous n'avons pas couvert
Nous n'avons pas trouvé de test français récent de babyphones ni de mesure indépendante de l'émission de modèles actuels, et nous n'avons pas traité les capteurs de respiration ou de mouvements (chaussettes, bracelets, tapis connectés), qui demanderaient un article à part. Cet article n'est pas un avis médical.
Sources
Ondes et exposition des enfants : ANSES, exposition des enfants aux radiofréquences (2016).
Ondes des babyphones : Pourquoi Docteur, babyphones et ondes (2013).
Sécurité des modèles caméra : Test-Achats, sécurité des babyphones caméra (2022).